Documents et illustrations

Les aventuriers d'Aubusson (1893-1923)
 
L'histoire d'un tapissier aubussonnais - Alphonse CIDRAT
 

 
   

En 1895 Alphonse CIDRAT, fils de Paul CIDRAT et Marie ROUGERON, né le 28 mars 1878 à Aubusson (Creuse) quitte sa famille pour se rendre aux États-Unis, il a 17 ans depuis quelques jours.

Il se rend en Angleterre où il embarque le 6 avril 1895 à SOUTHAMPTON sur le paquebot S.S. PARIS à destination de NEW YORK en compagnie d’un autre Aubussonnais, Albert LEGOUEIX, âgé de 20 ans. Ils arrivent le 13 avril 1895 à ELLIS ISLAND (NEW YORK).

Billet de cabine de seconde classe du SS Paris et son Capitaine Frederick Watkins


S.S. Paris


À son arrivée à ELLIS ISLAND (NY), il déclare à l’immigration être célibataire, habiter Aubusson et exercer la profession de Carpet Maker (appellation impropre puisqu’elle signifie fabriquant de tapis, sa profession est tapissier "Tapestry Maker" ou lissier "Tapestry Weaver").

Liste des passagers du paquebot « S.S. PARIS » - Alphonse est en cabine de 2e classe.

 

Ellis Island Immigration Station, 1898

Salle d’enregistrement de Ellis Island, New York City 1905

 

Alphonse habite chez un ami à WILLIAMSBRIDGE (New York) dans Ocean Avenue.

Mark of the Baumgarten works at Williams bridge, with date below the shield.Il travaille à la BAUMGARTEN TAPESTRY MANUFACTORY de WILLIAMSBRIDGE où il a rejoint la famille FOUSSADIER (Jean, Marie sa femme, Adrienne (*) sa fille et ses trois fils Antoine, Victor et Louis).

(*) Adrienne était sourde de naissance, mais elle parlait parfaitement.

C’est à WILLIAMSBRIDGE qu’en 1893, William BAUMGARTEN (1845 – 1908) a créé la première tapisserie des États-Unis avec le concours de Jean FOUSSADIER qui travaillait précédemment à la Tapisserie Royale de OLD WINDSOR en Angleterre.

William BAUMGARTEN qui avait travaillé pendant 20 ans chez HERTER BROTHERS (fabricant de meubles et décorateur) pour en devenir le président de 1883 jusqu’à 1891, s’était rendu en 1882 à la Manufacture de OLD WINDSOR pour visiter les ateliers. C’est là qu’il rencontra pour la première fois Jean FOUSSADIER qui était Maître Ouvrier à la Manufacture.

La Manufacture Royale de tapisseries d’OLD WINDSOR (RTWW) fut créée en 1876 par deux Français, Henri C.J. HENRY, directeur de la Manufacture et Michel BRIGNOLAS, directeur de la teinturerie.

   

The Old Windsor Tapestry Manufactory

Michel BRIGNOLAS, d'Aubusson, éxilé après 1871, en raison de la commune, part en Angleterre, où il travaille pour des amateurs à réparer des tapisseries, fonde et dirige la manufacture royale à Old Windsor (1877), tisse le portrait de la reine, " Les joyeuses comméres de Windsor ", série de neuf tapisseries, (médaille d'or, Paris 1878), avec le personnel venu d'Aubusson.



Queen Victoria (Paris 1878)

Anne Page and Fenton (Paris 1878)

Au recensement de 1881, plusieurs familles françaises originaires d’Aubusson travaillaient à OLD WINDSOR. En 1890, le  site commença à décliner et ferma le 25 décembre au soir en raison d’une gestion désastreuse et de coûts d’exploitation exorbitants. À sa fermeture,  la majorité des ouvriers repartit vers la France. L'usine fut vendue aux enchères en mars 1895.

 

 Visite de Windsor Tapestry Manufactory par la Reine Victoria en 1887 

Jean FOUSSADIER et sa famille arrivèrent aux États-Unis, à WILLIAMSBRIDGE, le 23 janvier 1893. William BAUMGARTEN qui venait de créer la tapisserie fit venir ensuite des tapissiers français et plus particulièrement d’Aubusson en leur promettant de bons salaires, des emplois stables et la possibilité d'aller en France et de revenir pendant une année.

 

Lien : « Tapestries; Their Origin, History And Renaissance », by George Leland Hunter. http ://chestofbooks.com/crafts/needlework/Tapestries-History/Chapter-VII-Other-Looms-American-Italian-German-Spanish.html

Résumé :

« Jean FOUSSADIER est arrivé fin janvier 1893, apportant avec lui un petit métier à tisser qu'il a immédiatement installé dans une des salles sur la Cinquième Avenue au 321, et le travail a commencé. La première tapisserie réalisée fut un petit dessus de chaise qui prit deux semaines environ pour être fabriqué. Une réalisation simple et modeste qui ne sera pas vendue, elle restera en héritage dans la famille Baumgarten. En effet, ce fut la première tapisserie produite en Amérique. Une deuxième sera réalisée, semblable à la première et trouvera sa place au FIELD MUSEUM de CHICAGO ».

Petit métier à tisser (Williamsbridge)

Dessus de siège

Dessus de siège

Siège Baumgarten
Siège réalisé à Williamsbridge en 1895 (The Metropolitan Museum of Art N.Y)

« Quatre tapissiers supplémentaires rejoignirent le nouveau directeur dans les mois qui suivirent. En attendant, on construisit davantage de métiers à tisser, et il devint nécessaire de trouver un lieu plus approprié pour les ateliers. Le choix se porta sur un ancien hôtel-restaurant français, l'hôtel GORBETS, situé sur Gun Hill Road à WILLIAMSBRIDGE. Il y avait en ce lieu une ambiance très française et les ouvriers s'y sentir très à l'aise. Ils y trouvèrent un vrai petit paradis ».

Hôtel Gorbets

Hôtel GORBETS à Williamsbridge

Williamsbridge en 1868

Emplacement de la Manufacture dans Gun Hill Road (Plan de Williamsbridge de 1893)

Bronx River Bridge et Gun Hill Road aujourd'hui


Jean FOUSSADIER fit ensuite une heureuse découverte, puisqu'il s'aperçut que l'eau de la rivière Bronx qui coulait à proximité possédait d'excellentes qualités pour la teinture et ceci en raison des substances végétales qu'elle contenait. Elle avait des qualités qui rappelaient celles de la Bièvre qui coule à Paris.

 

Bronx River

En mai 1894, la tapisserie BAUMGARTEN & COMPANY qui venait d’organiser une exposition reçut d’un riche homme d'affaires de PHILADELPHIE, Peter Arrell Brown WIDENER, une importante commande de 13 tapisseries murales de types « scènes pastorales de François BOUCHER » plus quelques autres tapisseries pour une valeur de 20.000$. Quinze mois furent nécessaires pour réaliser cette commande d’où la nécessité de faire venir d’autres ouvriers de France.

D’autres commandes affluèrent (Andrew Carnegie, Charles Michael Schwab, John Pierpont Morgan et Jacob Schiff). Posséder des tapisseries de BAUMGARTEN était devenues la fierté des riches familles américaines.

(En annexe à ce document, on peut constater, au nombre de passages sur les paquebots entre l’Europe et l’Amérique, que Jean FOUSSADIER a envoyé par deux fois son fils Victor à AUBUSSON, entre décembre 1894 et avril 1895, afin de recruter des tapissiers (18) pour très certainement travailler sur cette commande).

Peter Arrell Brown WIDENER en 1902 et sa demeure de 110 pièces à Lynnewood Hall - Elkins Park (Pennsylvanie).

Pendant la Guerre civile, Peter Arrell Brown Widener (1834–1915) originaire de Philadelphie (Pennsylvanie) était un fournisseur de viande pour l’armée de l’Union. Après la guerre, il investit avec succès ses bénéfices dans les tramways et les réseaux de transport public. Il collectionnait à la manière d’un prince ; meubles anciens, tapisseries et objets d’art décoratifs formaient un décor grandiose pour ses peintures et sculptures de maîtres anciens (il possédait 12 peintures de Rembrandt). Widener établit aussi un précédent important pour d’autres collectionneurs américains en acquérant les œuvres d’Édouard Manet et d’Auguste Renoir à une époque où ces artistes étaient encore considérés audacieusement d’avant-garde. P.A.B. Widener laissa la collection familiale à son fils Joseph pour qu’il en fasse don à un musée public. Son fils Georges Dunton Widener et son petit fils Harry Elkins Widener disparurent lors du naufrage du TITANIC.

Pour l’anecdote, quatre tapissiers qui venaient d’arriver à New York furent arrêtés par les commissaires de l’immigration, les politiciens de l’époque, en majorité irlandais et allemands, qui ne connaissaient absolument rien à la tapisserie voyaient d’un très mauvais œil l’arrivée de ces travailleurs sous contrat. Ils ne comprenaient pas pourquoi on n’utilisait pas la main-d’œuvre locale.

Venant de SOUTHAMPTON le 22 avril 1895, sur la liste des passagers du paquebot « S.S. BERLIN », on peut lire les noms de Gilbert DELARBRE (30 ans), Marc DELARBRE (19 ans), Clément LEGONCE (33 ans) et Dominique BRIGNOLAS (43 ans).

 

 

William BAUMGARTEN fut convoqué au tribunal devant six juges et il dut expliquer dans les détails qu’il fondait une nouvelle industrie aux États-Unis, que la loi l’autorisait à faire venir des ouvriers spécialisés sous contrat. Il dut donner des explications très approfondies avec données historiques et statistiques pour étayer ses déclarations. Pendant ce temps-là, les pauvres tapissiers français prisonniers, assis à côté de lui, ne comprenaient absolument rien à leur situation.

Après quelques jours, ils furent libérés sur ordonnance du Secrétaire au Trésor et purent échapper au redoutable destin d'être renvoyés dans leur pays.

WILLIAMSBRIDGE se classait à cette époque parmi les six manufactures de tapisserie au monde pour sa production de qualité et son rendement (GOBELINS, BEAUVAIS et trois à AUBUSSON). En 1896, elle employait 40 personnes et en 1906 ils étaient plus de 75.

Foussadier

Jean FOUSSADIER avec ses fils Antoine et Louis à Williamsbridge en 1898

Tapissiers et lissiers au travail dans les ateliers de WILLIAMSBRIDGE (Antoine Foussadier au premier plan)

Ateliers de teinture et de couture à Williamsbridge

Métier à tisser à Williamsbridge

Tapisserie de Williamsbridge

Tapisserie de Williamsbridge

Tapisserie de Williamsbridge

Tapisserie réalisée dans les ateliers de BAUMGARTEN & COMPANY

Tapisseries réalisées dans les ateliers de BAUMGARTEN & COMPANY

Alphonse CIDRAT revient en France à une date inconnue et retourne aux États-Unis à bord du paquebot « S.S. LA GASCOGNE ». Départ du HAVRE le 17 septembre 1898, arrivée à New York le 25 septembre 1898, il a 20 ans et il est accompagné par Marc DELARBRE(*), âgé de 22 ans. Alphonse a 48$ en poche et Marc 45$.

(*) Marc a modifié son nom DELARBRE par DE L’ARBRE ou bien l’inspecteur de l’immigration l’a mal orthographié.

Marc DELARBRE est décédé en octobre 1943 à New York à l'âge de 67 ans.

Liste des passagers du paquebot « S.S. LA GASCOGNE »

Paquebot « S.S. LA GASCOGNE »

Au recensement américain du 6 juin 1900, Alphonse CIDRAT est logé chez Julia WALLOSSIO, une famille italienne dans le quartier des tapissiers français au 73 Barker Avenue - Williamsbridge - New York. Il a 22 ans.

Le 19 décembre 1904, ses amis tapissiers Julie BARBE et François QUENTIN envoient à Alphonse CIDRAT, depuis Aubusson, une carte postale représentant l'église de FELLETIN (Creuse). Cette carte lui est adressée chez Julia WALLOSIO à Williamsbridge.

 

Dans les ateliers de BAUMGARTEN & COMPANY, l’ambiance n’est plus tout à fait celle de 1894-1895.

En effet, c’est la grève, le NEW YORK TIMES du samedi 29 septembre 1900 publie :

Traduction :

GRÈVE DES OUVRIERS DE LA TAPISSERIE

Les vingt-cinq ouvriers employés par William Baumgarten & Cie qui travaillent dans les « ateliers et écoles » à la fabrication des tapisseries des Gobelins à WILLIAMSBRIDGE sont en grève depuis lundi. Ils sont tous français. Leur salaire est de 16$ par semaine. Ils veulent 3,50$ par jour. M. Baumgarten déclare que c’est le seul endroit dans ce pays où des tapisseries des Gobelins sont fabriquées. Ces ouvriers sont habiles dans cet art. Souvent il faut de huit mois à une année pour réaliser un simple panneau, qui rapporte de 500 à 1000$. 

Monsieur Baumgarten dit que ces demandes ne sont pas raisonnables, et plutôt que de céder, il fermera sa société et importera les tapisseries. Il dit qu'un bénéfice plus important peut être réalisé si elles sont importées au lieu d'être fabriquées sur place et surtout s'il y a en plus des demandes d'augmentations de salaire. Ses ouvriers insistent sur le fait que leurs demandes sont justifiées. Ils disent qu'ils ne peuvent pas être remplacés sans faire venir des ouvriers sous contrat et que les artisans français sont tellement bien chez eux qu'ils ne viendront pas ici à moins d’avoir de sérieuses garanties. Leur contrat de travail, disent-ils, ne le permettra pas.

La concurrence s’organise, car en mai 1900, Pierre Émile DELARBRE qui a créé sa propre société de tapisserie écrit le vendredi 5 octobre 1900 dans le NEW YORK TIMES.

Traduction :

Il n’y a pas qu’un seul fabricant de tapisseries des Gobelins.

Pierre Émile Delarbre, dans une lettre au NEW YORK TIMES, proteste contre un rapport récemment fait par William Baumgarten où il ressort de cela que William Baumgarten & Cie serait le seul fabricant de tapisseries des Gobelins dans ce pays. Mr Delarbre affirme que sa société, Pierre Émile Delarbre & Cie., fabrique des tapisseries des Gobelins dans cette ville depuis les six derniers mois.

Pierre Emile DELARBRE

Pierre Emile DELARBRE

En 1901, les choses se sont calmées et l’on peut lire toujours dans le NEW YORK TIMES du 1er décembre 1901 un long article sur la colonie française de WILLIAMSBRIDGE.

Traduction :

Une colonie de tapissiers.

Dans aucune colonie de la ville de New York, on ne trouve les coutumes et les manières ancestrales d'une race étrangère aussi parfaitement conservées que dans la petite colonie des tapissiers de Williamsbridge. Le visiteur qui se trouve là un dimanche ou un jour de vacances est impressionné par la prédominance des coutumes françaises.

Quand il fait beau, on peut trouver les hommes accroupis en train de fumer leur courte pipe, contents et heureux comme des Français d’Aubusson. C’est une vie calme et tranquille, en fort contraste avec la laborieuse existence américaine. C’est comme un pays de mangeurs de lotus (*) moderne, où chaque jour est une répétition du jour d’avant.

Le soir, ils s’assoient avec leurs femmes et leurs filles autour du feu et parlent de la France, créant dans leur imagination une nouvelle France. C'est cet imaginaire qui leur apporte le plus de joie et de plaisir.

Les jours de travail ordinaires, ils sont assez occupés. Les hommes sont les tisserands de la tapisserie, les disciples de cet art antique qui ont donné à l'Europe médiévale ses coutumes, ses murs, portières, et paravents. De nos jours, quand la main-d’œuvre et les machines très développées produisent ensemble des tissus richement travaillés, des milliers de mètres de papiers peints somptueux à des prix merveilleusement bon marché, on serait incliné à penser que les tapissiers d’Europe seraient sans travail. Mais le succès de cette aventure originale à New York semble prouver qu'il y a toujours un important marché pour le travail manuel.

Le travail est intéressant. Ici, comme dans les grandes usines de Paris, d'Aubusson, et de Londres, le canevas du tissu est fait de fils de lin ou de laine de préférence. Sous ce tissage est étendu un carton montrant les figures qui doivent être reproduites sur la tapisserie. Le tapissier se penche au-dessus de l’œuvre et complète les dessins à la main, à l'aide des cannettes en fil de soie, il tourne autour de chaque fil de lin ou de laine. La face de la tapisserie, quand elle est terminée, s'avérera faire face au modèle peint, et correspondra aux couleurs et aux dessins.

Quand une couleur cesse et une autre commence se forme une fente ou relais, et quand le tapissier aura terminé la conception artistique de la totalité de la tapisserie, celle-ci sera pleine de ces relais. Dans un rideau de 10 mètres par 3 mètres il y a des milliers de ces fentes, certaines larges, et d’autres plus petites.

C'est le travail des femmes dans la salle de couture que de réparer ces relais, c’est une partie du travail qui n’est pas sans importance. Un jugement minutieux dans les nuances de la soie et des doigts très habiles sont exigés de sorte que le travail sera invisible.

Le résultat est une œuvre de toute beauté, et également de grande valeur. L'âge ne diminuera pas, mais augmentera plutôt sa valeur. Les métiers à tisser peuvent créer des tapisseries de toutes les tailles, de petits dessus de chaise de moins d’un mètre carré jusqu’aux grandes portières de plus de 10 mètres sur 3 mètres de large. Aucun travail n'est effectué sans qu’il n’y ait une commande, et chaque pièce fabriquée est soigneusement numérotée pour qu’une  trace soit conservée.

Un autre département est destiné à reprendre et réparer les tapisseries endommagées, déchirées, et usées. Peut-être que certaine famille possède dans leurs réserves, de véritables tapisseries médiévales, léguées en héritage, tombant en morceaux en raison de leur âge. Elles peuvent être rachetées et restaurées. Cependant, même si le motif lui-même est en partie usé jusqu’à la corde à certains endroits, la valeur de la relique n'en est pas altérée. C'est la fierté des tapissiers de Williamsbridge de pouvoir reconstituer le modèle dans toute sa beauté. Leur sens de la couleur est tellement sensible que l'aspect antique n'est pas perdu dans les réparations.

Il y a neuf ans, bien que la demande américaine à cette époque n'ait pas justifié une telle étape, il a était décidé de tenter une expérience afin d’installer ici une colonie de tapissiers français. En complètement d’un directeur très compétent acquis auprès d'une grande maison de Londres, on a incité des artisans d'Aubusson et de Paris à venir.

Il y a eu certaines difficultés pour les faire entrer dans le pays, mais le bureau d'immigration a fini par être persuadé qu'il n'y avait pas, et n'y avait jamais eu, un tel établissement en Amérique, et que l’on ne pouvait trouver aucun tapissier en Amérique. La colonie s’est établie à Williamsbridge, près de l'emplacement actuel de l'atelier.

La toute première tapisserie fut un élégant dessus de chaise, qui est maintenant une relique appréciée. Très rapidement, les commandes ont commencé à arriver. Le marché s'est depuis bien élargi. Grâce à l’apport additionnel de nouveaux ouvriers et la formation de quelques apprentis, « l’usine » travaille à sa pleine capacité. Des Irlandais très compétents ont été trouvés, mais il y des difficultés pour les garder, car le travail n'est pas très bien payé et il est très contraignant.

Le jeudi, quand l'usine est ouverte aux visiteurs, beaucoup de gens viennent de la ville afin de passer une heure ou plus dans cette atmosphère vraiment étrangère. Les visiteurs ne se lassent jamais de voir le travail de la tapisserie et les œuvres ainsi réalisées.

Cinq tapissiers immigrés sont tombés victimes du charme des jeunes filles américaines. La colonie, malgré ce changement, demeure essentiellement étrangère au niveau de sa vie et ses tendances, mais personne n'a jamais contesté son utilité.

(*) Mythologie grecque – Le lotus était un fruit qui rendait les gens heureux et somnolent (fainéant).

 

A la mort de William Baumgarten en 1906, la manufacture sera reprise par son fils Paul et la famille Foussadier contrôlera toujours l'usine. Malheureusement, dix ans plus tard, la construction d'une voie rapide et d'un parking condamnera le site. La manufacture, les arbres fruitiers et la vigne situés autour seront rasés. En 1925, Paul Baumgarten érigera une pierre commémorative avec une fontaine en souvenir de l'atelier de Williamsbridge. Au fil des années et des actes de vandalisme, le site sera détruit et les pierres jetées dans la rivière Bronx.

Aujourd'hui, grâce au New York State Conservation Corps et au Bronx Parks Department, les pierres ont été repêchées et le monument restauré retrouvera peut-être une place d'honneur en raison de la renommée qu'a apportée cette Manufacture de tapisserie à la ville de Williamsbridge.

Alphonse CIDRAT retourne en France à une date inconnue, mais entre-temps il a opté pour la nationalité américaine, à son retour en 1904, il est U.S. CITIZEN.

La SUPREME COURT OF NEW YORK COUNTY lui accorde la nationalité américaine le 30 mars 1904. Son témoin est Antoine FOUSSADIER, fils de Jean FOUSSADIER, ils sont tous les deux Silkweaver (tapissiers sur soie) et habitent WILLIAMSBRIDGE.

De nouveau, il revient en France le 2 août 1904, et retourne aux États-Unis à bord du paquebot « S.S. LA LORRAINE » au départ du HAVRE le 5 novembre 1904. Il arrive à NEW YORK le 12 novembre 1904. Il a 27 ans, il est toujours célibataire.

À son retour, en septembre, il est devenu Upholsterer (Tapissier en ameublement, couverture de chaise, fauteuil, etc.).

Paquebot « S.S. LA LORRAINE »

Liste des passagers du paquebot « S.S. LA LORRAINE »

Lors du recensement du 29 avril 1910, Il est le locataire d’Antoine FOUSSADIER au 3331 Newell Avenue, Bronx, New York. 

Il épouse le 15 décembre 1917 Rosalie RENAULT, veuve de Sylvain Pierre TRICOT né à Aubusson le 15 septembre 1870 et décédé à New York le 19 février 1914. Elle a deux enfants nés aux États-Unis, Sylvie née en 1899 et Aimée née en 1903.

Extrait de la liste des passagers du « S.S. LA BRETAGNE » lors du retour d’un voyage en France de la famille TRICOT en 1905

 

Le 1er septembre 1918, Alphonse CIDRAT se fait enregistrer au fichier de la Première Guerre mondiale 1917-1918

 

World War I - Draft Registration Cards, 1917-1918

Name: Alphonse Cidrat
City: Bronx
County: Bronx
State: New York
Birth Date: 28 Mar 1878
Race: White
Roll: 1754133
DraftBoard: 22
Age: 40

Nearest relative: Rosalie Cidrat
Knee cap broken (*)

Height/Build: Medium
gray eyes, black hair

(*) Alphonse a un genou cassé

 

Il habite avec son épouse Rosalie une location au 3270 Decatur Avenue, Bronx, New York. Il est employé comme tapissier à la société EDGEWATER TAPESTRY LOOMS fondée par Lorentz KLEISER (1879-1963) au 15 East 40th Street, New York (Manhattan).

L'usine, située à EDGEWATER (New Jersey), emploie 26 personnes en 1918 et une centaine en 1928.

Le responsable des tapissiers est Octave Gabriel DENNAUD.

EDGEWATER TAPESTRY LOOMS fermera en 1933.

      

                    Octave Gabriel DENNAUD                      EDGEWATER TAPESTRY LOOM - NEW JERSEY

Extrait du recensement de New York du 13 janvier 1920

1920 United States Federal Census
Name: Alphonse Cidrat
[Alphonse Albert]
Home in 1920: Bronx Assembly District 8, Bronx, New York
Age: 42 years
Estimated Birth Year: abt 1878
Birthplace: France
Relation to Head of House: Head
Spouse's Name: Rosalia
Father's Birth Place: France
Mother's Birth Place: France
Marital Status: Married
Race: White
Sex: Male
Home owned: Rent
Year of Immigration: 1895
Able to read: Yes
Able to Write: Yes
Image: 286
Household Members: Name Age
Alphonse Cidrat 42
Rosalia Cidrat 42
Sylvia Triest 21-stepdaughter
Oimie Triest 17-stepdaughter

(L’orthographe des noms et prénoms est très fantaisiste puisque Rosalie et devenue Rosalia,  ses filles Sylvie et Aimée deviennent Sylvia et Oimie. Quant au nom de TRICOT il est devenu TRIEST).

En 1920, ils habitent toujours Decatur Avenue, Bronx, New York

En 1942, Alphonse CIDRAT se fait enregistrer au fichier de la Deuxième Guerre mondiale 1942

U.S. World War II Draft Registration Cards, 1942
about Alphonse Cidrat
Name: Alphonse Cidrat
Birth Date: 28 Mar 1878
RESIDENCE: Bergen, New Jersey
Birth: Aubusson, France
Race: White
Roll: WW2_2275400

Les CIDRAT habitent au 136 Ames Avenue, Leonia, Bergen county, NEW JERSEY le 18 janvier 1925 ainsi qu'en 1942.

Il a 64 ans et il est employé chez LANMAN and KEMP-BARCLAY COMPANY, société située dans Grand Avenue et Columbia Avenue, Palissade Park, New Jersey.

 

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LANMAN and KEMP-BARCLAY COMPANY est un fabricant de produits de beauté (eau de Cologne - Florida Water), produits d’entretien pour les cheveux et savons.



On perd ensuite la trace d’Alphonse CIDRAT, il a 64 ans et a dû certainement finir ses jours dans le NEW JERSEY.

Il s’éteint en juin 1965 à l’âge de 87 ans dans le comté de BERGEN - NEW JERSEY (son nº de U.S. Social Security : 081-01-8950).

 

 

 

Un bien grand chemin parcouru par un petit Aubussonnais de 17 ans parti pour l'Amérique avec

juste quelques dollars en poche

 


ANNEXE

Liste non exhaustive d’Aubussonnais émigrés vers New York entre 1893 et 1923

Le 23 janvier 1893 - Paquebot « La Normandie » (Le Havre)

FOUSSADIER Jean (43 ans)
FOUSSADIER (née VERGNE) Marie Mathilde (40 ans)
FOUSSADIER Adrienne (17 ans)
FOUSSADIER Louis (8 ans)

Le 18 octobre 1893 – Paquebot « Obdam » (Rotterdam - Boulogne)

FOUSSADIER Antoine (24 ans)
FOUSSADIER Victor (21 ans)

Le 8 décembre 1894 – Paquebot « New York » (Southampton)

DELARBRE Henri (52 ans)
COMBAT Paul (34 ans)
FARGE Paul  (35 ans)
FOUSSADIER Victor  (22 ans) *

Le 6 avril 1895 – Paquebot « New York » (Saint Domingue - Southampton)

ROBY Alphonse  (42 ans)
PELLETIER Antoine (24 ans)
TRICOT Sylvain (24 ans)
LHOTTE Gilbert  (43 ans)
GAYET Jacques (17 ans)
MORAND François (34 ans)
FOUSSADIER Victor (22 ans) **
MAGNAT Jean  (17 ans)
DELARBRE Pierre Émile  (24 ans)
PRUNELLE Joseph (17 ans)

Le 13 avril 1895 – Paquebot « Paris » (Southampton)

CIDRAT Alphonse  (17 ans)
LEGOUEIX Albert  (20 ans)

Le 22 avril 1895 – Paquebot « Berlin » (Southampton)

BRIGNOLAS Dominique (43 ans)
DELARBRE Gilbert (30 ans)
DELARBRE Marc (19 ans)
LEGONCE Clément (33 ans)

Le 25 septembre 1898 – Paquebot « La Gascogne » (Le Havre)

CIDRAT Alphonse (20 ans) *
DELARBRE Marc (22 ans) *

Le 1er octobre 1900 – Paquebot « Rhynland » (Liverpool -> Philadelphia)

ANDREAU Joseph  
BAURY Charles  
DEVEAUX Alphonse  
COUPADE Jean  
VINCENT Maurice  
VINCENT François  
LIMOUZIN Louis  
MOREAU François  
GABIN Jules  
BARON François  
DELARBRE Philippe Auguste  
PRUNELLE Joseph (*)  

Le 10 mai 1902 – Paquebot « Saint Paul » (Southampton)

DOUNAN François (22 ans)
JABIN Félix (18 ans)
VIGNON Jules  (18 ans)
CIDRAT Jean (Cousin d'Alphonse) (25 ans)
BERNARD Auguste (43 ans)
SAUVAT Joseph (27 ans)
TOUGNIOUD Pierre (de Felletin) (18 ans)
LAURETUT Michel (40 ans)

Le 12 novembre 1904 – Paquebot « La Lorraine » (Le Havre)

CIDRAT Alphonse (27 ans) **

Le 8 octobre 1905 – Paquebot « La Bretagne » (Le Havre)

TRICOT Sylvain (35 ans) *
TRICOT Rosalie (29 ans)
TRICOT Sylvie (7 ans)
TRICOT Aimée (2 ans)

Le 14 septembre 1908 – Paquebot « Zeeland » (Anvers - Douvres)

DUMONT Hippolyte (20 ans)

Le 9 mars 1909 – Paquebot « La Gascogne » (Le Havre)

DELARBRE Philippe Auguste (*) (35 ans)
DELARBRE (née LHERITIER) Marie Anne (28 ans)
PAULY Louis (19 ans)
VERGNE Antoine (25 ans)
LHERITIER Alphonse Germain (27 ans)
LHERITIER  (née DELARBRE) Marie Joséphine (27 ans)
BERGER Alphonse (19 ans)
BORDERIE Jean (35 ans)
CHABREDIER Joseph Antoine (30 ans)
CHABREDIER (née BAUDONNET) Antoinette (30 ans)
CHABREDIER Georgette (7 ans)

Le 3 octobre 1909 – Paquebot « La Touraine » (Le Havre)

MANROT Amélie (22 ans)

Le 1er août 1910 – Paquebot « La Touraine » (Le Havre)

BOURET Jean-Baptiste (29 ans)
BOURET (née PAMBET) Marie Léonie (24 ans)
BARON Jean-Baptiste (26 ans)
BARON (née DUMONTET) Jeanne Olympe (22 ans)
DELARBRE André (27 ans)
CLIDIER Jean (25 ans)
GASNIER Pierre (26 ans)
MERCIER Gilbert (24 ans)
BONNEVILLE Arnaud (25 ans)
JANDIN Alexandre (27 ans)
MORAUD Joseph Henri (26 ans)
MORAUD (née PRUNELLE) Alice (20 ans)

Le 18 décembre 1911 – Paquebot « Rochambeau » (Le Havre)

GUILLOT François (25 ans)

Le 28 juillet 1912 – Paquebot « Philadelphia » (Cherbourg - Southampton)

MANROT Émile Joseph (29 ans)

Le 4 novembre 1912 – Paquebot « Rochambeau » (Le Havre)

LARCHER Marie (51 ans)
MANROT (née LARCHER) Clémence Marie (27 ans)
MANROT Henri (1 an)

 Le 1er mai 1914 – Paquebot « France » (Le Havre)

MARTINOT Léon (Employé de bureau) (28 ans)

Le 10 avril 1918 - Paquebot « Chigaco » (Bordeaux)

DENNAUD (née GEENENS) Gabrielle (34 ans)
GARAUD Jeanne  (29 ans)
GARAUD Marcel (6 ans)

Le 5 juin 1918 – Paquebot « Espagne » (Bordeaux)

DENNAUD Octave Gabriel (34 ans)

Le 30 mai 1920 – Paquebot « La Savoie » (Le Havre)

DENNAUD Octave Gabriel (37 ans) *
DENNAUD (née GEENENS) Gabrielle (37 ans)

Le 19 août 1922 – Paquebot « Paris » (Le Havre - Plymouth)

BONNARD François Louis (31 ans)

Le 27 novembre 1922 – Paquebot « La Savoie » (Le Havre)

BONNARD (née LEMEUNIER) Amélie (23 ans)
DENNAUD Octave  Gabriel (39 ans) **
DENNAUD (née GEENENS) Gabrielle (39 ans) *

Le 21 avril 1923 – Paquebot « Chicago » (Le Havre)

DENNAUD Jacques Jean-Baptise  (44 ans)
DENNAUD Marie Gabrielle (sa fille) (18 ans)

Le 7 mai 1923 – Paquebot « Lafayette » (Le Havre)

DELARBRE Philippe (49 ans) *

 

(*) 2e voyage

(**) 3e voyage

Que sont-ils devenus ?

CIDRAT Alphonse est décédé à Leonia - New Jersey en juin 1965 à l'âge de 87 ans.

RENAULT Rosalie, son épouse, veuve de Sylvain TRICOT, est décédée à New York en octobre 1966 à l'âge de 88 ans.

CIDRAT Jean est décédé à New York le 3 novembre 1905 à l'âge de 28 ans.

MARTINOT Léon a vécu 20 ans aux USA où il travaillait pour la société Michelin. Il est décédé à Clermont-Ferrand.

DELARBRE Gilbert "Léon" est décédé à New York le 17 septembre 1899 à l'âge de 33 ans.

DELARBRE Marc Léon Charles est décédé à White Sulphur Springs - West Virginia le 25 octobre 1943 à l'âge de  68 ans.

DENNAUD Octave Gabriel, après être revenu vendre sa maison à Aubusson en 1930, est décédé à Los Angeles - Californie le 18 mai 1958 à l'âge de 74 ans.

GEENENS Gabrielle Honorine, son épouse, est décédé  à Los Angeles - Californie le 31 octobre 1941 à l'âge de 58 ans.

FOUSSADIER Jean est décédé à New York le 14 mars 1923 à l'âge de 79 ans.

VERGNE Marie Mathilde, son épouse, est décédée à New York le 26 mars 1905 à l'âge de 56 ans.

FOUSSADIER Antoine Léon, son fils, est décédé à New York le 26 mai 1935 à l'âge de 65 ans.

FOUSSADIER Victor Gilbert Hippolyte, son fils, est décédé là New York le 30 mars 1918 à l'âge de 45 ans.

FOUSSADIER Adrienne Jeanne, sa fille, est décédé à New York le 8 avril 1946 à l'âge de 72 ans.

FOUSSADIER Victor Louis, son fils, est décédé à Miami - Floride len 1954 à l'âge de 73 ans.

FOUSSADIER Ursule Marie, sa fille, est décédé à Miami - Floride le 15 mai 1973 à l'âge de 80 ans.

TRICOT Sylvain Pierre est décédé à New York le 19 février 1914 à l'âge de 43 ans.

TRICOT Estelle, sa fille, est décédé à New York avant 1905 à l'âge d'environ 8 ans.

TRICOT Sylvie Victoria, sa fille, est décédée à Palisades Park - New Jersey en juillet 1974 à l'âge de 75 ans.

TRICOT Aimée, sa fille, est décédée à Waldwick - New Jersey le 21 janvier 1984 à l'âge de 81 ans.

BOURET Jean-Baptiste est revenu mourir à Aubusson après 1945.

 

 

Si vous possédez des informations (photos, documents, etc.) concernant Alphonse CIDRAT, ses compagnons aubussonnais ou bien encore la Manufacture de tapisseries de Williamsbridge à New York, vous pouvez, si vous le souhaitez, les partager en m'adressant un message ICI. Merci d'avance.